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Unmanned Systems / Aerial Drones

Brigade Azov : les drones au front – Mykyta Puz sur les systèmes sans pilote dans les airs et au sol

La brigade Azov, 12e brigade des forces spéciales, fait partie de la Garde nationale d'Ukraine. Mykyta Puz, responsable des technologies militaires, parle des systèmes sans pilote dans les airs et au sol, et explique pourquoi les « armes miracles » occidentales échouent souvent au front.

Azov Brigade: Drones in Frontline Action
© Azov Brigade

Traduit de l'entretien original en allemand :Relu par la rédaction d'Unmanned Magazine.

La 12e brigade des forces spéciales « Azov » fait partie de la Garde nationale d'Ukraine. Mykyta Puz, responsable des technologies militaires, parle de l'emploi des systèmes sans pilote dans les airs et au sol. Et il explique pourquoi les « armes miracles » occidentales échouent souvent au front.

Monsieur Puz, la brigade Azov ne peut pas se prévaloir d'une longue histoire, mais celle-ci a été mouvementée. Comment l'unité est-elle née ?
Azov a débuté en 2014 comme un groupe de volontaires directement confrontés à l'agression russe, qui voulaient défendre le pays sans attendre les procédures militaires formelles. L'unité a toutefois été rapidement professionnalisée la même année et intégrée à la Garde nationale d'Ukraine, devenant ainsi partie intégrante de l'armée ukrainienne. D'un bataillon à l'origine, nous sommes devenus une brigade à part entière, depuis convertie en structure de corps : la brigade compte aujourd'hui environ 5 000 soldats. Nous faisons partie du 1er corps de la Garde nationale, qui réunit au total six brigades sous son commandement : Azov, Burevii, Chervona Kalyna, Liubart, Kara-Dag et Harmash. Depuis la réforme de la chaîne de commandement il y a un peu plus d'un an, lorsque les Forces armées ukrainiennes ont introduit la structure de corps, nous opérons en tant que corps.

Comment la brigade est-elle organisée dans le détail ?
La brigade se compose d'une structure complexe d'unités. Nous avons trois bataillons d'infanterie, un bataillon d'assaut, un bataillon spécial de systèmes sans pilote, un bataillon de chars et notre propre groupe d'artillerie. Nous disposons en outre de nombreuses petites unités d'appui, par exemple pour la reconnaissance et la défense aérienne. Bien que nous soyons une brigade d'opérations spéciales, nous avons néanmoins une zone de responsabilité fixe et directe sur le front. Nous sommes actuellement stationnés dans un secteur précis de la région de Dobropillia, dans l'oblast de Donetsk. Notre mission principale est de repousser l'ennemi dans le secteur du front qui nous est attribué par l'emploi coordonné de toutes ces forces.

Historiquement, la brigade est étroitement liée à la défense de Marioupol. Comment cette période a-t-elle fait de l'unité ce qu'elle est aujourd'hui ?
Jusqu'en 2022, la ville était la base centrale de nos unités. Lorsque l'invasion à grande échelle a commencé, tout le personnel s'est replié sur Marioupol pour défendre la ville, où nous nous sommes finalement regroupés dans l'aciérie Azovstal. Nous y avons résisté jusqu'à ce que nous recevions du président de l'Ukraine l'ordre direct de nous rendre, avec l'assurance qu'il s'agirait d'une captivité honorable. La réalité s'est révélée être un mensonge éhonté. C'est devenu une sorte de goulag pour nos combattants. Beaucoup de nos soldats ne reviennent de cette captivité que très lentement et par petits groupes. À l'heure actuelle, environ 700 combattants d'Azov sont encore en captivité en Russie, où ils sont détenus depuis 2022. Lorsque les commandants ont été libérés, ils ont commencé à reconstruire l'unité. C'est ainsi qu'Azov a été relancé en 2023 et est retourné au combat.

Brigade Asow: Drohnen im Fronteinsatz
© Brigade Asow

Quel rôle les drones jouent-ils dans votre brigade ?
Les systèmes sans pilote sont la colonne vertébrale absolue de nos opérations de combat. En chiffres : en 2025, 92 pour cent des cibles ennemies dans notre zone de responsabilité ont été neutralisées par des systèmes sans pilote. Le reste revient à l'artillerie et aux armes légères. Comme c'est un facteur aussi décisif, nous investissons massivement dans le développement de ces capacités. Nous avons un bataillon dédié aux systèmes sans pilote, mais les aéronefs sans pilote (UAV) sont intégrés dans toute la brigade. Chaque bataillon d'infanterie dispose d'une compagnie de drones qui met en œuvre des drones d'attaque et de reconnaissance au niveau tactique. Même le groupe d'artillerie ne peut plus opérer aujourd'hui sans appui de drones. Nous travaillons avec une structure à plusieurs niveaux : à l'échelon bataillon, nous agissons aux niveaux tactique et tactico-opératif, le bataillon UAV opère du niveau opératif au niveau stratégique, et le corps dispose de sa propre unité pour les missions opérativo-stratégiques.

« Les systèmes sans pilote sont la colonne vertébrale absolue de nos opérations de combat. »

Quels types concrets sont déployés ? 
Il n'existe évidemment pas d'« arme miracle », pas de « drone unique » qui résolve tous les problèmes. Tout dépend de la tactique et de la mission concernées. Nous expérimentons en permanence de nouveaux développements. Parmi les drones d'attaque, les systèmes en vue à la première personne (FPV) dotés d'hélices de 10 à 13 pouces constituent la catégorie la plus importante. Un segment très efficace est celui des drones FPV guidés par fibre optique, qui résistent aux mesures de brouillage classiques. Ils ont changé la donne en 2024 et 2025. Actuellement, nous sommes toutefois confrontés à une pénurie mondiale de câble à fibre optique, causée par de gros acheteurs comme le groupe Meta pour ses centres de données. Le prix d'une bobine de câble à fibre optique a été multiplié par cinq : de cinq à sept euros à 35 euros par kilomètre. Cela rend ces drones économiquement discutables, c'est pourquoi nous passons à des alternatives moins chères. Nous mettons également en œuvre des drones d'attaque à voilure fixe pour des portées de 30 à 60 kilomètres et des multicoptères lourds avec des charges utiles allant jusqu'à 20 kilogrammes pour des frappes ciblées. Pour la reconnaissance, nous utilisons des produits civils tactiques, comme ceux de DJI et d'Autel, tandis qu'à des fins opératives nous déployons des drones à voilure fixe spécialisés de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR) d'une portée allant jusqu'à 50 kilomètres.

Brigade Asow: Drohnen im Fronteinsatz
© Brigade Asow

Comment faites-vous face à la course aux armements permanente dans la guerre électronique ?
C'est un processus continu : mesure, contre-mesure, contre-contre-mesure. Les drones FPV modernes permettent de changer de fréquence en vol. Les opérateurs expérimentés reconnaissent les signaux de brouillage et adaptent immédiatement la liaison. Nous utilisons aussi des relais radio et diverses méthodes non divulguées pour garantir que nous pouvons continuer à opérer. Chez nous, le cycle d'innovation des technologies militaires en Ukraine n'est que de quatre mois, et j'entends par là du concept au déploiement sur le front. Le matériel livré « sur étagère » est souvent déjà dépassé à son arrivée, car l'ennemi adapte rapidement ses systèmes de guerre électronique (GE). C'est pourquoi chacune de nos unités UAV gère ses propres laboratoires, où des techniciens modifient le matériel, soudent des composants et ajustent les fréquences. Ce travail de maintenance se déroule souvent directement dans la zone de combat, à quelques kilomètres seulement de la ligne de front.

À quoi ressemblent concrètement les mesures de lutte anti-UAV dans votre brigade ?
À l'échelon bataillon, nous avons des équipes GE spécialisées. Elles ne mettent pas seulement en œuvre des brouilleurs, mais un système complexe de renseignement électromagnétique, de données radar et de reconnaissance électronique. Aux échelons brigade et corps, nous avons des unités de défense aérienne qui engagent les drones de reconnaissance ennemis et les systèmes d'attaque tels que les Lancet ou Shahed russes.

« Chez nous, le cycle d'innovation des technologies militaires en Ukraine n'est que de quatre mois, et j'entends par là du concept au déploiement sur le front. »

Dans la défense anti-drones, ce sont les méthodes de « neutralisation électronique (soft kill) » ou de « destruction physique (hard kill) » qui dominent ?
Au niveau tactique, la « neutralisation électronique » domine, c'est-à-dire le brouillage électronique. Un réseau généralisé de « destruction physique » face à l'énorme densité de drones FPV, il y en a des centaines chaque jour des deux côtés par secteur du front, n'est réalisable ni économiquement ni techniquement. En dernière ligne de défense, nos fantassins utilisent en urgence des fusils de chasse de calibre 12. C'est une mesure de dernier recours, mais qui exige une formation supplémentaire. Au niveau opératif, en revanche, par exemple contre les drones ISR volant plus haut, la « destruction physique » est indispensable. Nous y déployons des drones intercepteurs. Le plus grand défi est l'acquisition de la cible : le drone intercepteur doit localiser la cible dans l'espace aérien, souvent uniquement sur la base de données radar imprécises. Le besoin d'automatisation est ici énorme, car le temps entre le lancement et l'acquisition de la cible est souvent trop court.

Brigade Asow: Drohnen im Fronteinsatz
© Brigade Asow

Quelle est l'efficacité de ces drones intercepteurs et à quel échelon sont-ils déployés ? 
Ils sont assez efficaces et constituent actuellement l'arme la plus utilisée par les formations de défense aérienne en Ukraine, en dehors de systèmes comme Patriot ou Iris-T, destinés aux cibles de grande valeur telles que les missiles balistiques. Contre les drones d'attaque à voilure fixe, nos drones intercepteurs atteignent une efficacité de 40 à 80 pour cent selon le modèle. Le plus grand défi est ici la navigation en vol. Les unités anti-UAV reçoivent des informations des radars ou du renseignement électromagnétique, mais ne connaissent souvent que la position et l'altitude approximatives. La tâche de l'opérateur est alors de lancer le drone intercepteur le plus vite possible et de localiser la cible dans le ciel avant que le drone intercepteur n'arrive en limite de portée. Cette recherche prend du temps et conduit souvent à des lancements infructueux, car la batterie du drone intercepteur est vide avant que la cible ait pu être localisée.

En regardant vers les prochains mois : quelles innovations techniques seront décisives dans un avenir proche ?
L'accent doit porter sur l'acquisition de la cible. Nous avons besoin de drones intercepteurs qui décollent de manière largement autonome sur la base des données de la station sol et naviguent jusqu'à la zone cible. Le guidage terminal contre les cibles aériennes doit aussi gagner en efficacité. L'innovation ne doit pas être poursuivie pour elle-même, mais pour résoudre des problèmes concrets. Cela vaut en particulier pour l'architecture de communication : les systèmes maillés, les liaisons satellite et les liaisons agiles en fréquence sont plus décisifs que l'aéronef lui-même. En outre, nous devons pouvoir retirer davantage le personnel, en premier lieu les pilotes de drones, de la zone de danger immédiate tout en conservant le contrôle sur de plus grandes distances.

Brigade Asow: Drohnen im Fronteinsatz
© Brigade Asow

Comment employez-vous actuellement les véhicules terrestres sans pilote ?
Pour nous, les véhicules terrestres sans pilote (UGV) sont avant tout un outil logistique : environ 90 pour cent de nos missions UGV servent à ravitailler les positions de la ligne de front. Comme les véhicules avec équipage ne peuvent pas s'approcher de la ligne de front à moins de 15 à 20 kilomètres en raison de la menace immédiate des drones, notre infanterie doit parcourir ces distances à pied. Pour soulager et protéger les soldats, nous employons des UGV pour transporter par exemple des munitions, des vivres et du matériel jusqu'aux positions. Autre question cruciale : l'évacuation sanitaire. Nous utilisons les trajets retour des UGV de ravitaillement pour ramener les blessés, car le transport manuel sur le trajet de 20 kilomètres est pour eux une épreuve extrême. Si nous développons activement des capacités d'UGV d'attaque, la situation tactique fait que l'accent porte actuellement presque exclusivement sur cet appui vital.

« L'industrie de défense occidentale tend à développer des systèmes individuels complexes et coûteux qui tombent trop vite en panne au combat. Nous préférons dix UGV moins chers à un seul robot de haute technologie. »

Où se situent, selon vous, les plus grandes idées fausses en Occident concernant la guerre menée avec des systèmes sans pilote ?
Le problème principal est le rapport coût-efficacité. Un drone ISR haut de gamme qui coûte 50 000 euros et qui est détruit par un drone intercepteur à 500 euros n'est pas soutenable dans une guerre d'usure. Il en va de même pour les UGV. Un modèle à 5 000 euros et un modèle à 60 000 euros brûlent de la même manière lorsqu'ils sont touchés. L'industrie de défense occidentale tend à développer des systèmes individuels complexes et coûteux qui tombent trop vite en panne au combat. Nous préférons dix UGV moins chers à un seul robot de haute technologie. Une autre idée fausse est l'engouement pour l'intelligence artificielle (IA) : nous n'avons pas besoin d'armes d'IA polyvalentes, mais de solutions spécifiques pour des problèmes concrets comme un meilleur guidage terminal. Nous combattons depuis quatre ans, et jusqu'ici aucune « arme miracle » n'a survécu à la réalité de la guerre d'usure. Il faut penser en termes de systèmes capables de résister aux contre-mesures de l'ennemi, sur le plan économique comme tactique.

Crédits photo

© Azov Brigade · © Brigade Asow
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